La relation entre les facteurs de risques psychosociaux et les troubles musculosquelettiques

Traditionnellement, dans le domaine de la sécurité et de la santé au travail (SST), on met l’accent sur une approche distincte des troubles musculosquelettiques (TMS) et des problèmes de santé mentale (par exemple, le stress, l'anxiété et la dépression). Si les facteurs de risques physiques ont généralement l’impact le plus important sur le risque de TMS sur le lieu de travail, les facteurs psychosociaux peuvent également contribuer de manière significative au risque de développer un TMS et d'aggraver un problème préexistant.

Que sont les facteurs de risques psychosociaux?

Parmi les facteurs susceptibles d'entraîner une mauvaise santé, citons la charge de travail excessive, les exigences contradictoires et le manque de contrôle sur les tâches. Des changements organisationnels mal gérés, une communication inefficace et un manque de soutien de la part de la direction ou des collègues sont également des facteurs importants, tout comme le harcèlement, la discrimination et l'insécurité de l'emploi.

Les facteurs de risques psychosociaux peuvent déboucher sur des conséquences psychologiques négatives, comme le stress lié au travail, l’anxiété, le burn-out ou la dépression. Ils peuvent également contribuer à l’émergence de troubles musculosquelettiques. Pour prévenir les risques psychosociaux, il convient de prendre en compte l'organisation et la gestion du travail ainsi que la manière dont les personnes interagissent au travail.

Quelle est la fréquence des facteurs de risques psychosociaux?

Il est important de noter que les facteurs de risques psychosociaux peuvent affecter les lieux de travail de tous les secteurs et de toutes les tailles. Tous les travailleurs sont touchés, quelles que soient leur fonction ou les tâches spécifiques qu’ils exécutent.

Les données de l’enquête sur les forces de travail de l’Union européenne (UE) montrent que plus d’un travailleur sur quatre déclare être exposé à des facteurs de risques susceptibles d’influencer négativement son bien-être mental. L'exposition à la pression du temps ou à la surcharge de travail a été le plus souvent citée comme principal facteur de risque (23,3%), suivie par le harcèlement ou les intimidations (2,6%).

Outre les TMS, les travailleurs européens mentionnent les facteurs de risques psychosociaux comme l'une des principales causes des problèmes de santé liés au travail. Cela conduit inévitablement à une augmentation de l'absentéisme et une dégradation des prestations, entraînant un coût considérable pour les entreprises et la société.

Quel est le lien entre les facteurs de risques psychosociaux et les TMS?

Bien que les facteurs de risques psychosociaux soient principalement associés au stress, de nombreuses études ont montré qu'ils sont également liés aux troubles musculosquelettiques. À présent, il est généralement admis qu’il existe un lien de cause à effet.

L'une des façons dont les facteurs psychosociaux au travail peuvent influencer les TMS se retrouve chez les travailleurs qui exercent leur travail dans des conditions d'exposition accrue à des facteurs physiques défavorables. Des exigences élevées liées à la fonction peuvent par exemple conduire à des mouvements plus rapides (pour ne pas dire précipités), avec un taux de répétition élevé. À l’inverse, des exigences de travail élevées dans des professions sédentaires peuvent conduire à de longues périodes d’inactivité physique, avec moins de pauses et des heures de travail plus longues.

Une autre possibilité serait que les facteurs psychosociaux liés au travail pourraient conduire au stress, susceptible de déboucher sur des réactions physiologiques et des problèmes musculosquelettiques. La réaction de stress peut par exemple mener au fait que les travailleurs ressentent un niveau de tension plus élevé, de sorte que la charge lors des activités physiques augmente ou les muscles se fatiguent plus rapidement. De plus, cela peut prolonger la durée de l'activité musculaire et réduire les possibilités de récupération.

Étant donné le lien étroit qui existe entre les TMS et les facteurs de risques psychosociaux, les TMS et les problèmes de santé mentale liés au travail doivent être abordés ensemble lors de l'élaboration de stratégies de prévention. Notre meilleure compréhension des facteurs de risques psychosociaux et de leur lien avec les troubles musculosquelettiques permet une approche plus holistique et plus efficace de la sécurité et de la santé au travail, ce qui allège la charge pour tous les lieux de travail.

Une approche holistique de l’analyse des risques

Traditionnellement, les évaluations de risques de TMS s’articulaient exclusivement autour des facteurs physiques. Cependant, les recherches montrent que les interventions basées sur des mesures uniques ont moins de chances de prévenir les TMS que les approches multidimensionnelles.​

La mise au point d'une évaluation efficace des risques qui tienne compte à la fois des facteurs de risques psychosociaux et des TMS nécessite un engagement continu de la part des dirigeants. Les évaluations régulières sont essentielles. En effet, les lieux de travail revêtent une nature dynamique: les risques existants peuvent changer et de nouveaux risques peuvent apparaître.

Certains éléments tendraient à montrer que les mesures développées en collaboration avec les travailleurs sont plus efficaces. Par exemple, les enquêtes anonymes et la cartographie des risques physiques présupposent la participation active des travailleurs. De cette manière, les travailleurs sont encouragés à réfléchir à la manière dont leur travail affecte leur santé, à identifier les risques potentiels et à trouver des solutions pratiques. Pour en savoir davantage sur la "cartographie du corps et des risques", vous pouvez lire la publication suivante sur le site de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA): Cartographie du corps et des risques pour la prévention des troubles musculosquelettiques (TMS).

Les résultats apportent une riche contribution aux processus d’évaluation et de suivi des risques. Cela contribue à mettre en place une culture de communication ouverte relative aux facteurs de risques psychosociaux et aux problèmes musculosquelettiques.

Étude de cas: un service de chirurgie en hôpital

Le personnel infirmier du service de chirurgie d'un hôpital souffrait de douleurs dorsales chroniques car il devait constamment soulever des patients. Après l'installation de deux "lève-malades" ergonomiques, les douleurs dorsales n'ont pas diminué, mais ont en réalité augmenté. On a d'abord supposé que les appareils n'étaient pas utilisés correctement, après quoi un ingénieur en sécurité et un médecin du travail ont mené une enquête. À leur grand étonnement, il est apparu qu’ils n’avaient pas du tout été utilisés.

Une analyse a révélé que les infirmiers n'étaient pas en mesure de demander de l'aide à leurs collègues en raison de la forte pression temporelle et du manque de personnel et qu'ils estimaient ne pas avoir le temps de prendre et d'utiliser les lève-malades. D'autres facteurs importants étaient la pression de la direction et la crainte de répercussions (comme se voir attribuer des quarts de travail désagréables car on est perçu comme "pénible").

Ce scénario de la vie réelle montre comment les facteurs de risques psychosociaux et organisationnels ont augmenté les risques liés au travail des infirmiers et ont même exacerbé leurs problèmes musculosquelettiques.

Les avantages d’une approche intégrée

La prise en compte des multiples facteurs de risques, y compris les facteurs de risques psychosociaux, permettra non seulement de prévenir l'apparition des TMS, mais aussi de favoriser la réadaptation. En effet, des recherches systématiques ont montré que les facteurs psychosociaux peuvent également compliquer le retour au travail des personnes atteintes de maladies chroniques. De simples adaptations visant à améliorer l'ergonomie et le temps de récupération peuvent apaiser les craintes de nouvelles douleurs et encourager les personnes souffrant de maladies chroniques à reprendre le travail.

L'intégration des facteurs physiques et psychosociaux dans l'évaluation des risques liés aux TMS peut alléger la charge économique de l'absentéisme et de la baisse des performances et jouer un rôle essentiel dans l'amélioration de la santé et du bien-être des travailleurs. Cette approche holistique peut conduire à un environnement de travail plus positif et plus favorable, où la prévention des TMS et la réadaptation fonctionnent mieux, ainsi qu'à la prévention des problèmes de santé psychologique.

Plus d'informations

(Source: Healthy Workplaces Campaign News - Septembre 2022: Exploring the link between psychosocial risk factors and musculoskeletal disorders / Assessing psychosocial risk factors: implications for musculoskeletal disorders risk assessment)